Etape 46 : Le tour de Tahiti (Julien)

Ia ora na !

Le climat tropical a ceci de particulier qu’il nous plonge instantanément dans une agréable torpeur dont il est très compliqué de sortir. Ici, on appelle ça, être « fiu ».  Pendant nos 5 premiers jours sur l’île, semi-anesthésiés par la chaleur et l’humidité, nous étions complètement fiu. Nous ne survivions que pour et grâce aux cocktails rhum ananas que Denis et Elisabeth nous servaient, à partir de la tombée de la nuit vers 18h, face à un panorama carte postale. Au premier plan, une touche de vert avec des fleurs et des maisons, au deuxième plan le bleu turquoise du lagon, puis, après la ligne blanche formée par l’écume des vagues venant se fracasser sur la barrière de corail, le bleu profond jusqu’à l’horizon derrière lequel plonge un ciel pastel où tous les petits nuages sont autant de filtres qui font varier les nuances de ce paysage. Juste de vous le décrire et je me languis déjà du prochain rhum ananas !

Les humains ne sont pas les seuls à souffrir ici, les chiens, par exemple, sont eux aussi plongés dans un coma tropical, donc pas de problème quand on passe en vélo malgré ce que leur allure surprenante nous faisait craindre. On trouve ici énormément de chiens. Un rottweiler, un berger allemand, un dog et un caniche ont dû débarquer ici avec les premiers colons. Depuis, ils se sont reproduits, quitte à défier les lois de la génétique, pour arriver à cette espèce endémique : le bâtard des îles. Finalement, le seul animal adapté à cet environnement délicieusement hostile est le poulet ! Les coqs  aiment d’ailleurs nous le rappeler toutes les nuits de 3h à 9h du matin.

Bref, après cette nécessaire semaine d‘acclimatation, nous avons finalement réussi à trouver le courage de remonter sur nos destriers afin de partir explorer Tahiti.

Avant de se lancer dans l’aventure, un point géographie s’impose. La Polynésie française ne représente qu’une partie de la Polynésie. Les Maoris de Nouvelle-Zélande, les Hawaiiens, les habitants de l’île de Pâques sont eux aussi des polynésiens. Tous ces peuples, originaire d’Asie sont arrivés là depuis plus de 1500 ans (ça relativise un peu les exploits de nos héros européens tel que  Christophe Colomb et les autres grands navigateurs). Ils sont unis par une culture encore bien présente (les langues, la musique avec l’emblématique ukulélé, la danse, la pirogue, les légendes…). La Polynésie française, c’est une centaine de petites îles éparpillées dans 5 archipels perdus dans le Pacifique sur une surface plus grande que l’Europe. Cela ne représente que 4000 km2 de terre émergée (deux fois moins que la Corse) pour un peu plus de 200 000 habitants. Il y a 2 types d’îles, toutes d’origine volcanique. Elles sont en fait d’énormes montagnes prenant base sur le plancher océanique à plus de 5000 mètres de profondeur. Les jeunes îles, comme Tahiti, sont très escarpées, elles sont entourées par une barrière de corail. Par endroit (à la sortie des rivières), des passes permettent aux embarcations de sortir du lagon. On y trouve une végétation luxuriante. Au bout d’un temps, la montagne s’érode et disparait sous la mer, la seule partie émergée qu’il reste alors est le motu, une couronne de terre sur l’ancienne barrière de corail entourant un lagon devenu immense, c’est le second type d’île qu’on appelle un atoll.

Tahiti est la plus jeune et la plus grande des îles de Polynésie, elle a un périmètre d’environ 180 km et culmine à plus de 2000 mètres. Seule une fine bande côtière est habitée. Elle a la forme d’un gros haricot. Au Nord de la partie principale, Tahiti Nui, se trouve Papeete, la capitale. La seconde partie de l’île, Tahiti Iti, aussi appelée la presqu-île, est plus petite et plus sauvage. C’est dans cette partie que nous nous rendons. Nous sommes invités par 3 familles vivant à proximité de l’isthme de Taravaho.

L’allée fut facile et plaisant. Nous avons pris la route du Monoï par l’Est sous un grand soleil. Il y a peu de circulation et d’habitations. Nous faisons un petit détour aux 3 cascades où il ne manquait que la vahiné se lavant les cheveux. Un peu plus loin, nous avons pique-niqué sur une petite plage déserte à l’ombre des cocotiers. Après une petite baignade dans le lagon, nous avons poursuivi notre chemin. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai eu du mal à faire les quelques 55 km du jour, pourtant assez plats, alors que Julie fanfaronnait dans ma roue à me demander si j’étais à fond, si je voulais faire une pause… Une épreuve pour mon orgueil !  Nous arrivons en début d’après-midi et alors que nous nous arrêtons pour faire quelques courses, nous tombons sur nos hôtes, Francesca et Tahimo qui nous reconnaissent facilement avec notre caravane. Nous chargeons nos vélos dans leur pickup car ils habitent plus haut sur le plateau, et qu’ici les dénivelés n’ont jamais moins de 2 chiffres. Nous traversons la Normandie tahitienne où les vaches paissent paisiblement au milieu des hibiscus, des galandas, des sensitives pudiques (qui se rétractent quand on les touche), des oiseaux de paradis et autres magnifiques fleurs. Nous plantons la tente dans leur jardin et nous faisons connaissance avec leurs amis suisses, en vacances eux aussi. Nous passons une soirée sympathique à discuter tard autour d’un verre. Grâce à Tahimo, nous comprenons un peu mieux la société polynésienne et son histoire. Le lendemain, tout ce petit monde part quelques jours pour l’archipel des Marquises. Une fois encore, les limites de l’hospitalité sont repoussées ! Francesca nous confie les clés de leur coin de paradis. Nous passons 2 superbes journées entre farniente au bord de la piscine et randonnée jusqu’au belvédère. Ensuite, nous redescendons du plateau et rejoignons To’ahotu de l’autre côté de l’isthme où nous sommes accueillis par Giuliano, Anna et leurs 3 enfants de 4, 5 et 7 ans pour le plus grand bonheur de Gabin et Zoé. A peine arrivés, Giuliano nous propose de l’accompagner à un Heiva ; c’est un concours de danses et de chants traditionnels. Anna, enceinte jusqu’aux oreilles, nous propose de garder les 5 petits monstres. Gabin et Zoé ont sympathisé en un quart de seconde et ne se rappellent même plus de notre existence. Nous les abandonnons donc pour la première fois depuis bien longtemps et nous nous offrons le luxe d’une soirée en amoureux. Giuliano est dans une troupe professionnelle de 120 danseurs. Après une heure de chants polyphoniques (puissants, mais un peu nasillards et répétitifs), le spectacle commence. Les costumes sont fabriqués avec des feuilles et des fleurs. Il faut une journée pour les confectionner pour seulement une heure de représentation. Les mouvements sont très dynamiques, les corps remuent et se secouent au rythme entraînant des percussions locales. La chorégraphie raconte une légende polynésienne.

Le lendemain, nous pédalons jusqu’à la pointe sud de la presqu’île à Teahupo’o, le spot des surfeurs de haut niveau. En face d’une petite plage de sable noir (comme quasiment toutes les plages de Tahiti), nous pouvons voir au loin d’énormes rouleaux s’écraser sans interruption sur la barrière de corail. C’est une vague, parait-il, très dangereuse. Nous, nous nous contentons de faire un peu de snorkling. C’est un aquarium géant ! On voit beaucoup de poissons de toutes les couleurs. Et tout le monde nous dit que ça sera beaucoup mieux à Moorea et à Bora Bora pour la plongée. Ça promet ! Le soir, nous retournons chez nos nouveaux amis italiens. Après une nuit écourtée par les discussions et les parties d’échec, nous prenons la route de l’Est, direction Tautira, entassés dans la camionnette de Giuliano et Anna. En chemin, nous nous arrêtons manger des cocos. Lorsqu’on la cueille au bon moment, la noix de coco peut contenir quasiment un litre d’eau de coco et une chair légèrement grasse. Très bon ! Nous passons une belle journée entre jeux de sable, baignade et volleyball. Dans la soirée, nous rejoignons notre dernière famille d’adoption à quelques rues de là. Jeff, Virginie et leurs 4 enfants nous accueillent chaleureusement. Jeff est ici depuis 2 ans pour construire une nouvelle prison (l’actuelle est une des pires de France et la nouvelle sera sûrement la meilleure). Le lendemain, le temps est capricieux. Virginie, avec sa fibre artistique, nous organise un petit atelier de peinture. Encore une super rencontre, l’annuaire de nos nouveaux amis s’épaissit chaque jour un peu plus.

Après une grosse semaine sur Tahiti Iti, nous reprenons le chemin de Papeete par la côte Ouest. Nous faisons plus de 70 km sous une pluie tropicale. Nous faisons un arrêt aux grottes de Maraa. Même dans la grotte, il pleut à seau ! Après une dure balade à vélo, nous sommes de retour vers la capitale. Une journée de repos et nous partons en bateau à la conquête d’une nouvelle île : Moorea.

Nana.

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Commentaires : 4
  • #1

    LECOLLE Mireille & Daniel (samedi, 18 juillet 2015 14:27)

    Bonjour à vous,
    Merci pour vos superbes photos et commentaires.
    Merci beaucoup et bon courage pour la suite.
    Pensons à vous
    Mireille & Daniel LÉCOLLE Gîte de France N ° 89G255 à Chéu

  • #2

    Jujugazou (samedi, 18 juillet 2015 20:29)

    Merci beaucoup!

  • #3

    SDF (vendredi, 24 juillet 2015 22:14)

    Salut les glandeurs nous aussi fait beau en Bretagne. Bon courage
    signé :
    des pinos voyageurs qui viennent du rentré en France!

  • #4

    Céline (vendredi, 31 juillet 2015 09:11)

    Alors ? Alors ? C'est donc quoi pour vous l'essentiel que vous transmettez à vos enfants (en quelques mots) ?? Sinon, ma question terre à terre : à la moitié du voyage en temps, êtes-vous d'équerre avec vos prévisions financières et kilométriques ? Profitez bien en tout cas ! Bises du grand nord burgond à tous les 4.
    PS : pour l'anecdote, ma fille (9 ans) vient me voir alors que je regarde une de vos vidéos "Qu'est-ce tu fais, m'man ?" "J'voyage" ! "Bah ? Sur ton canapé ?" Elle entend le générique de la vidéo suivante et conclut : "Ah mais oui mais c'est les Jujugazou !" ^-^

Heureux qui comme Ulysse...

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