Etape 55: Ça ne tourne plus rond chez les Jujugazou ! (par Julien)

Nous continuons de remonter le golfe de Thaïlande. Nous sommes envoûtés par son pouvoir relaxant. Nous sommes en mode insouciants, hors du temps, paisibles. Nous ne savons généralement pas quel jour nous sommes, ni l’endroit où nous allons dormir le soir. La liberté ! Le bonheur !

 La communication avec les locaux est toujours aussi compliquée. Nous avons encore droit à des situations cocasses. Une fois, nous tentions désespérément de faire comprendre à un commerçant que Gabin avait un besoin urgent d’aller aux toilettes. Impossible ! On se regarde, on mime, on rigole, on ne se comprend pas ! Gabin finit par aller faire pipi de l’autre côté de la route, en face de la boutique. Alors, l’homme comprend qu’il n’avait pas compris. Il parle, il sourit, il rigole. On croit comprendre qu’il s’excuse. On rigole, on repart. Voilà un aperçu de nos échanges quotidiens avec ce peuple Thaï qu’on aimerait tant comprendre mieux.

Nous traversons un parc national à l’entrée duquel des panneaux nous mettent en garde contre les singes. A quelques mètres de nous, les arbres remuent dans tous les sens. Je rêve de rencontrer une colonie de singes avec nos vélos. Julie est moins enthousiaste. Malheureusement (ou heureusement selon le point de vue) nous ne les verrons jamais sortir, des nuages de moustiques assoiffés de sang nous obligent à accélérer. En dessous de 15 km/h, nous nous faisons dévorer.

Partout, dans les petits villages, au milieu des champs, nous voyons des temples magnifiques. Sur certaines statues, les gens collent des petites feuilles en or. Les matins avant 7 heures, nous voyons des moines, crâne rasé en grande robe orange ; ils portent une poterie en bandoulière. Ils font le tour du quartier pour la remplir leur de nourriture. Ils n’ont pas droit de gagner de l’argent. Quand ils reçoivent l’aumône, ils récitent des prières.

Un jour, nous rencontrons un cyclotouriste koweitien qui nous indique une superbe baie pour passer la nuit. Nous arrivons à la baie des dauphins (mer chaude, sable blanc et cocotiers : la routine). Il y a beaucoup de touristes thaïlandais. Un groupe m’invite à jouer au volley-ball. C’est marrant que ce sport soit aussi populaire dans les Andes et ici en Thaïlande où les gens sont plutôt petits. L’ambiance est très agréable, un appel au farniente.

Je ne sais pas pourquoi, j’étais pressé d’arriver à Hua Hin, une grosse ville touristique de bord de mer. Je crois que mon estomac rêvait de digérer autre chose que du « fried rice ». Ce fut une grosse déception ! Nous qui ressentions une grande bienveillance de tous les gens que nous croisions depuis 600 ou 700 km, nous voilà redevenus un porte-monnaie sur pattes dans un univers de luxure (cf Koh Samui, oh oui !). Nous trouvons une Guest House sympa pour 25 euros la nuit dans une vieille maison de pêcheur en teck à côté du Hilton. Après une journée détente pour les enfants dans un parc aquatique, nous abandonnons l’idée d’aller visiter un vignoble perché dans la jungle à 30 km de là, trop cher ! Nous voulons faire des châteaux de sable sur la grande plage gardée par la police montée (sur des demi poneys !) mais il y a des petites galettes de pétrole partout. Le soir, nous allons flâner dans un marché de nuit pour que Gabin puisse dépenser la pièce que lui a apportée la petite souris. Nous en profitons pour essayer des crevettes géantes au barbecue, délicieux ! Mon estomac aura au moins trouvé satisfaction ! Nous nous empressons de quitter cet endroit.

Le lendemain, Julie remarque que ma roue est légèrement voilée. Aïe ! Le moyeu Rohloff est cassé ! Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est une boîte de vitesse intégrée dans le moyeu de la roue. C’est réputé comme quasi-incassable mais par contre, en cas de pépin, impossible à réparer. Nous sommes inquiets pour la suite de notre parcours en Asie. Nous sommes obligés de rouler encore 20 km jusqu’à la ville de Petchaburi en croisant les doigts pour que la roue tienne bon. Nous trouvons une chambre pour 6 euros dans une vieille maison en bois sur pilotis donnant sur la rivière. Nous en avons pour notre argent, nous avons un lit  pour 4 (c’est une planche de bois) sous une vieille moustiquaire. Nous réfléchissons aux différentes options qui s’offrent à nous en regardant passer des énormes varans malais (des lézards de 3 mètres). Je trouve un bon magasin de vélo dans cette petite ville, mais le mécanicien dit qu’il ne peut rien pour moi. Il me suggère d’aller voir à Bangkok.

Le lendemain, nous prenons un train pour la capitale. Nous avions envoyé un message à l’entreprise Rohloff pour savoir si notre casse pouvait passer dans la garantie. On nous explique que la casse est due à des rayons inadaptés que nous avons changés à Portland (incroyable l’effet papillon en mécanique !). On nous oriente vers un magasin partenaire de la marque. Nous comprenons qu’il n’y aura pas d’assistance, ça va faire mal à notre porte-monnaie qui est de moins en moins épais. Je vais voir à l’adresse en question, impossible de trouver la boutique ! Elle est fermée avec des panneaux en bois. Un voisin me voyant errer dans le quartier avec ma roue m’explique que le magasin ne rouvrira que demain. Il me propose de la garder et de revenir le lendemain. Il m’inspire confiance, j’accepte sa proposition. En rentrant, je partage mon désespoir avec Julie. Je pense qu’il sera impossible de trouver une solution à mon problème dans ce petit local.

Le lendemain, pour tuer le temps, nous allons visiter une ferme de serpents où l’on nous montre comment récupérer le venin des cobras pour fabriquer des sérums. Ils sont complètement cinglés. Il doit y avoir un fort turn over chez les employés du parc !

L’après-midi, je reprends la route de la boutique. En marchant, je repense au plan B dans lequel nous envoyons la roue à Bassou chez Jean-Philippe (le meilleur mécanicien vélo au monde J ) . Mais en arrivant à la boutique, un homme dont je n’ai jamais réussi à prononcer le nom m’accueille tout sourire. Il me sort un Rohloff d’un carton de son capharnaüm ! Je suis content mais j’attends la facture. Et là, mon sauveur me dit, c’est gratuit, c’est Rohloff qui paye ! Incroyable ! On fait des selfies pour fêter ça.

Nous reprenons la route du Cambodge débordant d’enthousiasme ! Même les horribles fumées que les gros camions décorés nous envoient dans les nasaux pendant les 50 kilomètres qui nous éloignent du centre n’ont pas réussi à ébranler notre positive attitude.

Salutations de Chon Buri.

Bien à vous

Julien

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Commentaires : 3
  • #1

    Anthony (jeudi, 12 novembre 2015 20:37)

    Merci pour Romain ! Quand il sera grand je pense qu'il compte ouvrir sa ferme aux serpents en Thailande.

    Bonne route avec votre roue toute neuve !

  • #2

    Jouan (vendredi, 13 novembre 2015 18:28)

    Salut !
    On est trop trop contents pour vous que cet épisode de casse soit passé si vite ! Vous avez un sacré bol, les dieux du voyage sont avec vous... et vous avez développé une sacré sérénité de vieux routards ! Respect !
    De notre côté, on commence tout juste à se replonger dans le voyage et l'impression de livre et photos.
    Bisous

  • #3

    Martine (lundi, 07 décembre 2015 12:17)

    bonjour, le serpent vert ressemble au boa canin ou boa émeraude rencontré en Guyane , est-ce le même ?
    bonne route. Martine

Heureux qui comme Ulysse...

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