Etape 56 : Au revoir Thaïlande ! (par Julien)  

 Jusqu’à la frontière de Hat Lek, nous aurons profité des délices de la Thaïlande.

Après une sortie assez pénible de Bangkok où nous roulions dans le bruit et la fumée de vieux camions surchargés, nous nous empressons de quitter la route de Pattaya (LA destination luxure) pour retrouver des chemins plus tranquilles. Nous en profitons pour visiter un « open zoo » à vélo. Gabin et Zoé sont aux anges, ils nourrissent des girafes et des éléphants ! Nous passons plus de 7 heures dans ce parc sans nous en rendre compte.

Jusqu’au bout, les Thaïlandais nous auront impressionnés par leur gentillesse et leur bienveillance. Les enfants ont eu leur lot quotidien de cadeaux. Plusieurs fois, des voitures nous arrêtent pour nous offrir du ravitaillement… Depuis bientôt deux mois, nous commencions à être habitués à ces élans de générosité. Quand une voiture se gare devant nous, nous sommes presque déçus si nous ne recevons pas l’offrande     « Quoi ? Et ma papaye glacée alors ? ». Nous pensions ne plus pouvoir être surpris. Et pourtant…

Un soir, après une dure journée de vélo, je décide de partir seul en mission pour rapporter à manger afin que les enfants puissent se relaxer et jouer tranquillement, ils l’ont bien mérité ! A peine sorti de l’hôtel, je me fais embêter par 2 molosses que je tiens à distance avec un bâton. C’est un peu fatiguant les attaques de chien ! La scène attire l’attention d’un homme dont je ne saurai jamais le nom. Il me pose des questions en mimes thaïs, je comprends qu’il me demande où je vais. Je lui réponds en mimes français que je vais chercher à manger pour ma famille. Il m’explique que c’est loin et me propose de me prêter sa moto ! Non, vous ne rêvez pas, un inconnu qui ne parle pas ma langue me prête sa moto, qui est sûrement un de ses biens de plus grande valeur. Dans un premier temps je refuse, puis j’accepte devant son insistance. C’est une vieille pétrolette de 125cm3. Quand il m’a vu partir, il n’a pas semblé inquiet malgré mes zigzags. Je n’arrive pas à la contrôler, je me dis qu’il me faut un peu de temps pour la prise en main. Quand j’arrive au village un peu plus loin, tout est fermé. On m’indique une direction, le problème c’est que c’est le long d’une autoroute avec beaucoup de circulation, qu’il fait nuit et que je ne maîtrise pas ma conduite. Je pense alors aux enfants et je me dis qu’ils ont faim et que c’est ma mission de leur ramener à manger. Je me lance. Quelle erreur ! Plus je passe les vitesses, plus l’engin est difficile à contrôler, le bitume disparait alors pour laisser place à de la terre, rendue boueuse par les pluies de l’après-midi. La circulation ici est assez anarchique et étonnamment fluide. Les véhicules foncent et se dépassent, la seule règle est « Garde ta ligne, ça va passer ! » Et moi, je titube ! Ma roue avant tremble, ma roue arrière glisse ! Les voitures et les bus me frôlent en me klaxonnant comme si j’étais un chauffard complètement ivre. Je n’ai pas de casque. J’ai peur de tomber, je pense à Gabin et Zoé. Je maudis ma bêtise. Rempli d’adrénaline, je reste concentré. A la première petite intersection, je quitte l’autoroute. Je m’arrête pour souffler, et une femme parlant un anglais parfait me demande, intriguée, ce que je fais ici. Elle m’indique alors un itinéraire par la petite route pour trouver un restaurant. Les kilomètres défilent, je m’enfonce dans la brousse, pas une habitation ! Je pense alors à faire demi-tour et je me rends compte que je n’ai plus d’essence. Pas le choix, je continue. Et là, alléluia ! Un temple ! Je rentre et je demande de l’aide. Je suis assez mal accueilli, on me dit de continuer ma route, qu’il y a une station d’essence un peu plus loin. Je trouve effectivement une pompe dans un jardin. Les gens sont en train de regarder la télé dans leur maison. L’homme, tout sourire, vient me faire le plein. Il m’indique encore un peu plus loin pour trouver à manger. Enfin j’ai réussi ma mission ! Pendant qu’on me fait griller du porc sur le barbecue, j’observe ma moto. Pourquoi je n’arrive pas à la maîtriser ? J’avais

conduit exactement la même dans la jungle dakaroise pendant 2 ans. Je réalise alors que j’aurai du faire un rapide état des lieux. Je roule sur une jante cabossée, enrobée dans un vieux bout de pneu déchiqueté. Je repense à mon généreux inconnu et je me dis que c’est le comble de tuer quelqu’un par gentillesse.

Je refuse de rentrer à pétrolette et de risquer ma vie encore une fois. Je cherche de l’aide. Une femme me propose de laisser la moto dans son jardin et de me raccompagner. Dans la voiture, je me demande comment cette histoire va se terminer. Combien je vais devoir débourser ? Comment je vais pouvoir ramener la moto demain ?… En arrivant à l’hôtel, plus personne, l’homme est rentré chez lui. Le standardiste l’appelle pour lui expliquer que j’ai planté sa moto à 10 km de là, dans la brousse. Il raccroche. « Pas de problème ! Pas de problème ! Vous pouvez aller vous coucher. » Le téléphone sonne. L’homme rappelle. Il veut savoir si j’ai réussi à trouver à manger pour ma famille ! J’acquiesce, ahuri. Je m’assois pour attendre

Julie, qui, inquiète, avait trouvé quelqu’un pour faire des rondes en voiture. Elle m’imaginait agonisant dans un fossé, mordu par un cobra. En arrivant, Gabin et Zoé me fond une fête comme si je rentrais du front. En cherchant le sommeil, je repense à cette soirée totalement décalée. Le lendemain, alors que nous allions repartir, l’homme au grand cœur arrive. Je commence à lui parler de sa moto, il me dit qu’il n’y a pas de problème. Il nous sourit. Nous lui disons merci, il nous souhaite bon voyage.

Les derniers jours, nous longeons de nouveau la côte. Entre baignades et dîners devant des magnifiques couchers de soleil, nous faisons le bilan de ces 2 premiers mois en Asie. Dans cet univers dépaysant par ses scènes de vie, ses paysages, nous avons passé de supers moments en famille. Nous nous sentons rempli de zenitude pour la suite.

Nous sommes impatients de découvrir le Cambodge. Demain, nous passons la frontière !

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Heureux qui comme Ulysse...

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