Etape 62: Le tour des Bolavènes à vélo (par Julien)

Nous n’avons pas trouvé grand intérêt à la ville de Paksé, à part sa boulangerie française. La clochette sur la porte, l’odeur de croissant chaud… C’est fou comme nos sens enregistrent des petits instants en les associant à des émotions. Nous avons donc fait une petite entorse à notre budget pour nous offrir chaque matin notre petite madeleine de Proust. Au passage, amis boulangers, vous faites un bien beau métier pour vous expatrier, les Français, peuple de grands voyageurs, sont prêts à échanger un bras contre un bon pain au chocolat quand ils sont loin du pays. 

Nous logions dans un hôtel tenu par Papa, un Laotien francophone de 69 ans au coude bien huilé. Un matin, à 7 heures, je lui propose un café. « Merci mais j’en ai déjà pris un. » me répond-il en remplissant un verre de Lao Lao, le whisky local. A 10h, il nous invite à partager un moment pour fêter la nouvelle année avec ses amis (Nous étions le 2 janvier). Nous sommes autour d’une table avec quelques autres voyageurs français d’un côté et un groupe de Laotiens de l’autre. Nous nous enivrons tranquillement, sans pouvoir vraiment échanger autre chose que des verres de bière, dans une atmosphère conviviale, au son de 2 guitares qui tournent entre les gens. Un peu fatigués, nous repoussons notre départ d’une journée.

Cela nous permet d’attendre Simon et Nina, nos deux nouveaux amis, qui, inspirés par le voyage à vélo, ont investi dans 2 beaux VTT. Nous les aidons à bricoler un porte-bagage avec des bouts de bambou. Ces deux intrépides compagnons se sont lancés dans un grand voyage avec un budget très serré mais les yeux grands ouverts et le cœur sur la main. Ils ont l’habitude de dormir dans les temples bouddhistes. Ils partagent avec nous les vertus de cette philosophie (la générosité, la vie simple, le respect des autres…) et les déceptions, qui ont parfois été les leurs, de ce qu’ils ont observé dans les pagodes.

Le premier soir de notre ascension du plateau des Bolavènes (1000 mètres de dénivelé), accompagnés par Simon et Nina, l’idée de camper dans un temple nous séduit. Nous entrons donc dans une grande pagode et recherchons la plus belle des maisons (pour trouver le « chef » des moines). Celui-ci nous autorise à nous mettre à l’aise. Il y a des déchets un peu partout. Il y a beaucoup de jeunes gamins. On peut devenir moine à partir de 10 ans. Certaines familles qui ne peuvent pas assumer la scolarité de leurs enfants, les placent au temple pour quelques années. Il y a très peu d’adultes et aucune femme. Pendant que nous dressons notre bivouac, ils nous observent en se cachant derrière les sculptures de dragons. Puis, la curiosité gagnant peu à peu sur leur timidité, ils se rapprochent et finissent par regarder partout, dans la tente, sur les vélos… Gabin et Zoé se sentent un peu oppressés par cette présence, ils peinent à accepter que nous soyons les intrus. Un vieux moine vient nous parler en laotien avec un grand sourire. Quand il comprend que je veux me faire à manger, il donne l’ordre à un des jeunes en robe orange de faire un petit feu pour faire bouillir notre eau. Le moment est vraiment sympa. Malheureusement, c’était sans compter sur l’équipe de motards du coin : 4 policiers débarquent comme des cow-boys sur leur scooter à l’intérieur du temple. Ils prennent nos passeports et nous somment de partir, pour notre sécurité. Nous refusons car la nuit est tombée et nous essayons d’argumenter qu’il est sans doute plus dangereux de rouler de nuit que de dormir dans un temple. Ils ne veulent rien savoir ! Au bout de trois quart d’heure de palabres stériles, nous pensons être sauvés par l’arrivée du chef du temple mais au lieu de nous soutenir, il nous demande lui aussi de partir. Soit ! Partons alors ! Je vide la gamelle d’eau bouillante devant le gentil petit gars qui était tout fier de nous avoir aidés, nous démontons la tente, rechargeons toutes nos affaires sur nos vélos, et enfin, demandons aux policiers de nous escorter jusqu’au prochain hôtel. Nous sommes un peu déçus et agacés par cette fin de soirée. Les enfants, eux, ont joué un peu plus tard que d’habitude, c’est déjà ça !

Le lendemain, nous partons explorer une cascade en fin d’après-midi. Nous roulons pendant deux kilomètres dans des chemins de terre rouge cabossés au milieu des plantations de café. La chute d’eau est très sympa. Après 5 heures, il n’y a plus personne. L’eau est glaciale mais ça n’arrête pas Simon et Nina. Nous pouvons passer derrière le rideau d’eau par un petit chemin. Nous dînons sur place et rentrons de nuit sous un magnifique ciel étoilé.

Nous disons au revoir à Simon et Nina et leur souhaitons bonne chance dans leur aventure puis nous rejoignons Tad Lo pour nous reposer 1 ou 2 jours. Nous y étions tellement bien que nous y sommes restés 4 ! Nous avions établi notre camp de base à la Fandee Family, un repaire de voyageurs français attirés par le camembert mis bien en évidence dans la vitrine. Nous faisons encore de belles rencontres. Tad Lo est un village assez touristique mais qui conserve encore beaucoup de charme. Les habitants vaquent à leurs occupations, l’atmosphère est paisible mis à part le crieur de nouvelles avec son haut-parleur tous les jours à 5 heures du matin. On se demande bien ce qu’il peut crier. Faire des balades le long du torrent, aller voir les éléphants prendre le bain, pique-niquer sur une petite île des poissons grillés (merci Loïc), sauter dans la cascade, discuter, lire… On se serait cru en vacances ! Vite, nous remontons sur nos vélos et terminons la boucle par une grande descente de 30 kilomètres sur Paksé.

Nous faisons là encore une belle rencontre sur la route : Nathalie et Louis. Ce couple de Français est arrivé ici à vélo depuis la France. C’est très intéressant d’écouter leurs récits et leurs impressions de leur traversée de la Géorgie, de l’Iran, de l’Ouzbékistan… Nous roulons une journée ensemble et nous repassons en Thaïlande. Nous nous faisons un super bivouac derrière un petit restaurant. La propriétaire nous offre l’accès à la douche et aux toilettes. Super soirée à discuter et jouer de la musique. Nous adorons retrouver l’ambiance décontractée de la Thaïlande. Nous allons dire au revoir au Mékong, puis nous rejoignons la ville d’Ubon Rachathani pour prendre un train à destination de Bangkok.

Nous nous sommes envolés pour Athènes, des souvenirs plein la tête, bien heureux de retrouver l’Europe et d’avoir encore 4 mois de route pour en profiter.

A très bientôt…

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Commentaires : 1
  • #1

    Cyril Véro (lundi, 01 février 2016 17:34)

    Sympa de voir vos têtes...vous avez la banane, le Laos c'est beau...
    Bises ( on sait que vous êtes en Grèce et ça à l'air chouette)

Heureux qui comme Ulysse...

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