jeu.

10

mars

2016

Etape 65: L'Albanie (Julie)

Nous quittons la magnifique île de Corfou sous le soleil, le 22 février, et le ferry nous emmène en Albanie. Nous débarquons à Sarandë, ville à l’architecture soviétique : de hauts immeubles de béton sans charme et sans chichi. Nous passons aux douanes (l’Albanie ne fait pas partie de l’Union Européenne, sa candidature a été déposée en 2009 et reconnue par le Conseil Européen depuis 2014), et entrons dans la ville. Tout de suite, nous sentons une ambiance très différente de chez leurs voisins grecs. Ici, il y a plein de vie : des gens qui se promènent partout dans la rue, des enfants (ouah, ça faisait longtemps!), les musiciens d’Emir Kusturica (oui, nos références en culture balkanique sont assez limitées….) qui jouent à l’entrée du marché couvert, des gens qui ont accroché des habits au grillage pour les vendre dans la rue… Nous sommes scotchés par le nombre de Mercedes que nous voyons. Les gens nous sourient et nous interpellent. Nous leur sourions bêtement, ne pouvant rien leur répondre en albanais. Déjà que ça va être coton de retenir le mot merci à 5 syllabes, et le mot bonjour à 4 syllabes, alors apprendre la phrase « je ne parle pas albanais », ce n’est pas pour tout de suite !

Nous cherchons un hôtel pour pouvoir étudier notre trajet et faire un choix : soit la route de la côte, plus belle mais plus difficile au niveau des dénivelés, soit la route entre les montagnes, peut-être moins jolie mais moins difficile. Nous optons pour la corniche au bord de la mer Adriatique, pour s’en prendre plein les yeux.

Le lendemain, la sortie de Sarandë, avec une pente assez costaude nous coupe un peu les jambes ! En fait, tant pis pour la mer, nous la retrouverons 4 jours plus tard… Si les pentes sont toutes à ce pourcentage-là, le chemin va être très difficile ! Au carrefour des deux routes, nous choisissons donc le chemin de la montagne. Peut-être verrons-nous ainsi des aigles, animaux emblèmes de l’Albanie et figurant sur son drapeau. Le territoire est composé à 80% de montagnes et les rapaces sont très nombreux. Tout au long de la route, nous ne regrettons pas notre choix. Nous suivons une belle rivière, il y a peu de voitures, la pente est longue mais douce, il fait soleil et nous voyons des aigles, des bergers avec des petits troupeaux de moutons, de vieilles maisons en pierre… Nous sommes heureux.

Après un col à  600 mètres, nous descendons tout droit vers la ville de Gjirokastër. Vers 17 heures, nous faisons nos petites courses pour le soir, et sur le parking, un papi nous invite par gestes à venir boire un verre et manger un morceau chez lui, juste là… On accepte l’invitation, curieux de voir où l’on va passer un bout de notre soirée. Il s’appelle Luan, et sa femme Shpresa. Ils habitent une maison assez grande avec leur fille, leur gendre et leur petite fille de 3 mois. On s’installe dans le salon, seule pièce chauffée par un petit radiateur électrique. Il n’est pas aisé de se comprendre. A part quelques mots en grec que nous connaissons, nos gestes et nos sourires, pas d’autre moyen de communiquer. Luan apprend une quarantaine de mots à Julien en albanais pendant les 10 minutes que dure leur promenade entre hommes, pendant laquelle il lui présente sa maison et ses moutons. Shpresa est restée dans la maison avec nous, a mis un dessin animé aux enfants et leur donne à manger presque sans s’arrêter : bonbons, lait chaud, pommes, oranges, œuf, fromage…. Puis ils nous montrent une chambre à l’étage et nous invitent à dormir. Nous partageons le repas du soir : une soupe de haricots blancs, du pain et du fromage faits maison, des frites et de la viande de mouton (décongelée spécialement pour nous ?) Gabin notre grand garçon est fatigué et commence à s’endormir dans le canapé ; Zoé la gourmande reste à table et veut goûter à tout, en faisant son petit numéro de charme… Luan et Shpresa sont vraiment gentils avec nous et les enfants, ils sont au petit soin. Luan sert les verres de raki à Julien (l’alcool made in Albania) à une cadence soutenue, en trinquant à chaque fois : « Gaizoua ! » Mais ce n’est pas pour les femmes ; nous regardons la scène sans pour autant y participer…

Le soir, leur petit-fils de 20 ans vient faire un peu de traduction. Il nous dit que son grand-père voudrait que l’on reste un mois. Rires. Bon, blague à part, on reste au moins 2 jours ? On ne va quand même partir demain ? J

Nous discutons ensuite quelques instants avec le jeune homme. Il nous explique que les gens gagnent en moyenne 150 euros par mois et que beaucoup veulent aller travailler à l’étranger. Lui-même, après ses études en économie, voudrait aller travailler au Royaume-Uni.

Le matin, nous partageons le petit déjeuner et échangeons nos adresses et nos numéros de téléphone avec nos hôtes d’un soir. Luan nous demande de lui téléphoner dès que nous serons rentrés chez nous ! Cette conversation va être vraiment étrange, nous ne savons dire que bonjour, merci, fromage, pain, dormir, bien, santé ! et raki ! …

Nous continuons la route. Dans tout le pays, nous voyons des personnes, hommes et femmes, planter des arbres au bord de la route, tous les 10 mètres. Nous voyons que le pays se développe à grande vitesse. Dans la ville de Karajë, une grande zone piétonne avec parc de jeux en construction se mêle aux traces du communisme : au centre de la place, une immense statue de 1945 se dresse mettant en scène un soldat, une paysanne et un ouvrier.

Les petites villes se suivent et nous observons avec plaisir les scènes du quotidien : dans les rues, il y a toujours du monde qui se promène à pied, des hommes dans les cafés, des papis sur des vélos. Sur les façades des maisons, des nounours sont pendus pour éloigner les mauvais esprits, et de l’ail se trouve au-dessus des portes d’entrées.

Pour quitter la montagne et rejoindre la mer, nous empruntons la seule route possible, qui ressemble fort à une autoroute, avec des voitures nombreuses et passant à vive allure. Et, pour pimenter la chose, les plaques d’égoût ont été volées et nous avons régulièrement des trous de 60cm de long et 30 de large à éviter, de quoi bien planter une roue. Dans un jeu vidéo, cela pourrait être rigolo, mais là, c’est plutôt stressant ! On n’a pas le droit à l’erreur, sinon game over !

Nous arrivons à Durrës, la deuxième ville d’Albanie, au bord de la mer, un peu fatigués… Heureusement, nous sommes accueillis par une charmante famille allemande installée en Albanie pour travailler avec des enfants handicapés, les structures adaptées n’existant pas dans ce pays. Ils nous parlent de leur pays d’adoption et des différences culturelles qu’ils ont vécues: alors qu’en Allemagne les objets que l’on possède sont sacrés, en Albanie, ce sont les gens qui sont sacrés. Ici, on prend soin les uns des autres, et il n’y a pas de propriété privée. Un jour, qu’ils s’étaient absentés, ils s’aperçoivent en rentrant que leurs voisins leur ont emprunté des outils dans leur garage. Ils les connaissent et ne paniquent pas, mais le lendemain vont réclamer leurs biens ; ils lisent alors  l’incompréhension dans les yeux de leurs voisins…

Le dernier soir, nous arrivons à Shkodër, ancienne ville fortifiée, avec un château du 10è siècle qui la surplombe. La région a été souvent attaquée, par les Romains, les Slaves, les Vénitiens, les Ottomans. Une histoire très complexe dans cette partie du monde…

En ville, surprise, il y a des cyclistes partout ! (et même une piste cyclable !) C’est la première fois que nous voyons cela en plus d’une semaine d’Albanie. Le centre-ville est aménagé en quartier piéton, et nous pouvons observer les vieux bâtiments (certains rénovés, d’autres non).

Nous rencontrons une dame ayant la double nationalité italienne- albanaise. Elle vivait là pendant les années de la dictature d’Henver Hoxha (à prononcer Hodja) de 1946 à 1991, et a subi les privations de liberté. Même si tous les gens avaient accès à l’éducation, ils ne pouvaient pas sortir de leur pays, et ils étaient isolés du reste du monde…

En quittant Shkodër, nous prenons la route qui mène au Monténégro, jalonnée par les mosquées et les églises orthodoxes…

Un nouveau pays à découvrir…

 

A bientôt !

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