mar.

05

avril

2016

Etape 67: La Croatie (Julie)

Nous continuons à rouler le long de la mer Adriatique lorsque nous pénétrons à nouveau en Union Européenne (mais ressortons de la zone euro, vous suivez ?) Il fait beau et les paysages sont magnifiques, bien qu’un peu gâchés par les pubs gigantesques (la preuve en image ci-dessous). Il y a beaucoup de monde sur la route, mais nous n’avons pas trop le choix car les itinéraires secondaires, ça se passe dans la montagne ! Nous longeons la riviera de Dubrovnik, une suite de jolis villages nichés dans des baies aux galets clairs et aux eaux transparentes. Tout en pédalant, nous admirons Dubrovnik, en contre-bas. L’endroit nous séduit déjà : une ville fortifiée entourée d’une haute muraille et qui s’avance dans la mer.

Lorsque nous voulons entrer le soir, nous sommes bloqués dès que nous franchissons les remparts « On ne passe pas ! » Un tournage de film va avoir lieu et ils vident la vieille ville. Rien de moins que Star Wars, number 8. Le lendemain, nous pouvons observer pendant la journée les décors qu’ils laissent (sous surveillance) et c’est vraiment bluffant ; le polystyrène ressemble tellement à la pierre des bâtiments que certains morceaux de décor nous échappent au premier coup d’œil.

Nous déambulons dans les rues de cette cité. Nous observons des photos de certaines rues détruites pendant la guerre, en 1992. Cette ville a subi les tirs d’artillerie de l’armée serbe et a été assiégée pendant 7 mois. Difficile d’y croire lorsque l’on voit les milliers de touristes déambuler aujourd’hui dans les rues ! (Note de la rédaction : La guerre a duré jusqu’en 1995. Finalement, la Croatie a gagné son indépendance et est sortie de la Yougoslavie).

Nous reprenons les vélos après 2 jours sédentaires et nous traversons des villages de bord de mer très calmes, même trop. On voit encore une fois que la haute saison n’a pas débuté. Lorsque nous nous arrêtons après 40 km, nous démarchons les maisons d’hôtes (difficile de demander si on peut planter la tente dans un jardin car dans une maison sur deux, on loue des chambres…) Une dame nous indique celle qui est ouverte dans le village. Un petit T2 avec kitchenette et une chambre séparée ! Ouahh ! Les enfants n’en reviennent pas tellement c’est grand ! Ils sont trop contents. Tant mieux car on restera là deux nuits, stoppés par la pluie. Les propriétaires sont très gentils. La dame nous cuisine même une soupe, plus un gâteau, spécialement pour les enfants. Ils bavardent un peu avec nous : c’est un couple serbo-croate et leur union n’est bien vue dans aucun des deux pays. Les tensions entre les peuples ont l’air de toujours exister, 20 ans après la fin de la guerre.

Quand le beau temps revient, nous sommes contents de pédaler, et nous passons devant la ville de Ston, entourée d’une grande muraille de 5 km de long. Cette ville, comme Dubrovnik, a fait fortune grâce au commerce du sel. Ce même jour, nous passons une heure en Bosnie-Herzégovine, le temps de traverser la petite bande d’une dizaine de kilomètres qui est pour le pays le seul accès à la mer. Le soir, nous voulons dormir dans le village de Krek, mais en arrivant, on s’aperçoit que c’est plutôt un village fantôme. Cette fois, rien n’est ouvert ! Nous nous préparons psychologiquement à planter la tente dans un terrain planté d’oliviers, à côté d’un mini-golf et d’une balançoire. Gabin et Zoé sont contents. Les fous… Nous avons déjà nos gants et nos capuches, et il n’est que 16 heures ! Nous prévoyons de manger nos sandwiches thon-ketchup de la dernière chance dans 1 heure et demie sous la tente puis de nous coucher à 18 heures. La nuit sera déjà tombée de toute façon ! Mais un monsieur très gentil change notre emploi du temps. Il a des appartements qu’il loue pendant l’été, et nous invite à venir nous y réfugier pour la nuit : « Les enfants vont avoir trop froid ! » Il fait un peu frais dans la maison mais nous n’osons pas allumer le chauffage sans que le propriétaire nous ait invités à le faire… Malgré tout, nous sommes bien mieux ici que dehors, où le vent s’est mis à souffler en plus ! Et Gabin et Zoé ne sont pas mécontents d’être dans des murs, en fait…

Le lendemain matin, notre sauveur vient nous dire au revoir avec un café chaud, et des céréales pour les petits. Mille mercis pour cette main tendue ! Sur la route nous attend une deuxième surprise : une compatriote qui fait un tour d’Europe… en trottinette ! Cette trentenaire s’appelle Blandine, et elle nous épate ! (elle avance bien sur sa machine infernale !) Elle a décidé de mettre entre parenthèses sa vie d’avant pour vivre plus simplement. Vous vous voulez découvrir son blog, c’est : www.latrottineuse.com/fr/

En quelques jours, nous arrivons dans la belle ville de Makarska et nous regardons s’il existe une petite route pour éviter la circulation qui est tout de même importante (avec les bus qui passent tout près de nous !) Nous voyons un chemin sur la carte, mais nous ne savons pas s’il est praticable à vélo. Avant de nous y engager, nous demandons à une dame si elle pense que nos vélos pourront passer car il s’agit d’un chemin de pierres. Elle nous dit qu’elle pense que oui. En un sens, elle n’avait pas tort : nous sommes passés ! Mais nous avons dû mettre une heure et demie pour faire 2 kilomètres. Allez, ce n’est pas grave, c’était de bien jolis kilomètres, juste entre les rochers et la mer diaphane ! Superbe !

Ce soir-là, nous avons enfin pu camper (Youpi !), mais c’était bien parce qu’il y avait une salle à manger où l’on pouvait se mettre au chaud en attendant de s’engouffrer dans la tente… Après une journée avec quelques frayeurs sur la route, nous décidons de quitter la Croatie plus tôt que prévu et de prendre un ferry pour l’Italie où nous trouverons plus de routes secondaires, sûrement moins passantes. Nous atteignons Split, une très belle ville médiévale aux murs blancs. Cela fait du bien ! Nous rencontrons notre seul hôte cycliste dans ce pays, et passons notre dernière soirée croate avec lui. Une chouette façon de terminer ce bout de voyage. Tomislav nous parle de son voyage à vélo en Europe de 10 000 km effectués en 100 jours, et aussi de son pays, qui a souffert de la guerre et qui maintenant souffre de la dette et diminue les dépenses publiques pour la santé, l’école… (Ca vous rappelle quelque chose ? Ah, tiens ?) Il nous raconte un souvenir de son enfance pendant la guerre, lorsqu’il devait sortir de sa classe et se mettre à l’abri en entendant retentir l’alarme qui prévenait d’un bombardement. On pouvait croire entendre un grand-père raconter la seconde guerre mondiale, mais non, cet homme a notre âge, et cela s’est passé hier !

C’est avec tous ces souvenirs et ces découvertes en plus dans la tête que nous montons dans notre bateau le lendemain soir, après avoir profité du soleil pendant notre promenade dans les ruelles de Split. Nous sentons le printemps arriver…

Nous débarquons à Ancône, Italie, le 21 mars à 7 heures, les yeux gonflés par une trop petite nuit, due à une invasion, sur notre pont, d’adolescents en voyage scolaire ; mais assez ouverts pour voir le ciel noir et la pluie du côté italien…

 

Mais ne vous inquiétez pas, cela va bien se passer ! (A suivre…)

9 commentaires

mer.

16

mars

2016

Etape 66: Le Monténégro (Julien)

C’est sous une pluie battante que nous passons la frontière du Monténégro, un pays grand comme la Bourgogne. Comme toujours, les enfants ne bronchent pas, ils sont trempés jusqu’aux os, ils attendent le soleil… Nous faisons une courte pause et nous découvrons le Burek, une spécialité qu’on peut trouver dans tous les Balkans, c’est une pâte feuilletée remplie de bonnes choses bien grasses (du fromage ou de la viande). Il va falloir éviter d’abuser de cette bonne chose si on veut garder notre ligne de cycliste ! On reprend la route, toujours sous la pluie. Autour de la frontière, la majorité des gens sont albanais et musulmans. On voit des mosquées avec des grandes tours fines et pointues, de modestes cimetières musulmans, des drapeaux albanais peints sur des murs…

Nous rejoignons la côte à Bar. Nous sommes de plus en plus frigorifiés, la pluie s’intensifie encore. Chaque voiture et camion qui nous double nous envoie un seau d’eau. Alors que nous cherchons un abri, un papi qui a les traits d’un homme qui a beaucoup souri sort d’un restaurant et nous invite à venir auprès du poêle. Il prend en charge les enfants et les installent devant un dessin-animé. Gabin et Zoé oublient instantanément leurs tracas et fixent l’écran comme s’ils comprenaient le serbo-croate. Notre sauveur se présente comme étant serbe. C’est anecdotique mais on imagine les difficultés du vivre ensemble dans des pays si petits et si récents, avec des gens se revendiquant d’une identité culturelle n’ayant aucun rapport avec la nation. Ajoutez à cela les plaies pas toujours refermées de la guerre de Yougoslavie et vous comprenez les défis que devront relever les Monténégrins. Nous restons deux nuits dans la petite chambre que nous louons au-dessus du restaurant pour 15 euros (le Monténégro est dans la zone euro et en attente d’une adhésion à l’UE).

Nous repartons le long de la côte en direction de Budva. La corniche est magnifique mais il faut la mériter ! C’est un peu physique, ça monte et ça descend toute la journée avec des pentes allant de 5 à 10 %. Nous arrivons dans une station balnéaire énorme où les casinos et les hôtels, tous plus étoilés les uns que les autres, jouent de leurs coudes en béton pour se faire une place. Nous cherchons désespérément un logement chaud, car oui il pleut encore ! Tout est fermé ! Nous qui nous faisions des films et qui rêvions de bivouac au soleil au bord de l’adriatique, nous étions bien naïfs. Tout est fermé ! Julie va alors demander de l’aide dans un bar, deux coups de fil plus tard, nous sommes dans un petit appartement. Nous y resterons trois nuits le temps de laisser passer cette mauvaise météo. Nous discutons avec notre voisine, une institutrice à la retraite depuis un an. Elle parle avec nostalgie de la grande Yougoslavie. Elle trouve que c’était mieux « avant » (l’éducation, l’état social…). Elle s’inquiète du monde qu’elle laisse à ses petits-enfants et voit d’un très mauvais œil l’adhésion du Monténégro à l’Union Européenne. Elle y voit un impérialisme sauf qu’au lieu de soumettre les peuples avec des armes, on les soumet en costumes avec des traités et des banques. Elle affirme que c’est ce que pensent tous les gens de sa génération…

Nous quittons cette ville sans âme pour rejoindre un endroit magique ! Après avoir serré les fesses en traversant un étroit tunnel de 1,6 km, nous débouchons dans un amphithéâtre naturel : les bouches de Kotor. Des montagnes abruptes, enneigées au sommet, plongent dans une magnifique baie. Sur les flancs, la ville fortifiée de Kotor (au patrimoine mondiale de l’UNESCO) est en parfait état. Entre les remparts, nous nous amusons à nous perdre dans les ruelles étroites et labyrinthiques de la vieille ville. C’est presque aussi beau qu’Auxerre !
Le lendemain, nous longeons les deux baies. Nous nous arrêtons tous les 100 mètres pour faire une photo (des îles, des petits bastions fortifiés, les voitures Yugo…). Nous arrivons à Herzog Novi, dont le nom n’évoque sans doute rien à personne. Pourtant c’est encore un endroit extraordinaire, une énorme ville fortifiée perchée sur un rocher surplombant l’entrée des bouches de Kotor sur la mer Adriatique. Il est très agréable d’y flâner.

Bien que le temps fasse tout son possible pour nous rendre maussades, nous gardons le sourire et nous prenons beaucoup de plaisir à découvrir cette région que nous vous recommandons (mais peut-être à une autre saison J )

 

A très bientôt, en Croatie !

10 commentaires

Heureux qui comme Ulysse...

Dernières news

  Suivez-nous sur Facebook...

       avec "Juju Gazou"

Sites amis