lun.

28

déc.

2015

Etape 59: Visite des temples d'Angkor et promenade le long du Mékong (par Julie)

Nous arrivons dans la ville de Seam Riep en bus. Nos vélos ont bien passé l’épreuve de la cale. Ouf ! Nous les remontons sous un soleil de plomb, dans la poussière rouge et derrière les pots d’échappement. Les enfants attendent patiemment pendant que nous nous activons. Dès que nous arrivons dans le centre-ville, nous voyons des hôtels défiler tout au long des rues. On s’arrête devant une petite guest house où on aperçoit une piscine. Ce sera parfait pour se rafraîchir après nos petites virées sur le site archéologique des temples d’Angkor ! On entend parler français dans tous les coins. Nous faisons la connaissance d’Alice et de Rémy, une Parisienne et un Bruxellois, et également d’une petite famille avec qui nous passerons plusieurs bonnes soirées, en voyage pour un an : Cyril, Véro, Fanette (12 ans) et Elliott (7 ans).

Dès le lendemain matin de notre arrivée, nous pédalons jusqu’au site, 5 kilomètres à l’extérieur de la ville. Sur la route, nous passons devant un hôpital pour enfants avec une grosse pancarte rouge « épidemie de dengue ». Nous pédalons assez vite pour qu’aucun moustique n’ait le temps de nous piquer ! Nous arrivons ensuite sur le site archéologique.

Sur 3000 km² se trouvent un palais royal et plus d’une centaine de temples en pierre, construits entre le 9è et le 16è siècle. Il s’agissait de temples hindouistes à la gloire de Vishnou et Shiva. La civilisation Khmer était alors très puissante et couvrait tous les pays de l’Asie du Sud-Est actuels. Les rois voulaient rapprocher leur pouvoir de la religion et ils bâtissaient des cités autour des temples (selon les recherches, 500 000 personnes pouvaient vivre ici). Pour cela, ils avaient développé des techniques de récupération d’eau et d’irrigation très impressionnantes. En effet, dans cette partie du monde, il faut s’organiser avec une saison des pluies de 7 mois et une période de sécheresse de 5 mois. D’ailleurs, cette ancienne cité se trouve à proximité du plus grand lac du pays, le Tonlé Sap. Il est une formidable réserve d’eau et sa superficie varie de 300 km² en saison sèche à 10 000 km² à la fin de la saison des pluies. Le courant du Tonlé Sap  change même de sens selon la saison ! Les eaux s’écoulent vers le lac en saison des pluies, puis le courant s’inverse et le lac « se vide ».

Le déclin de cette civilisation reste mystérieux, mais les hypothèses retenues sont une catastrophe environnementale et la montée en puissance de la civilisation Siam (actuelle Thaïlande).

Les temples sont difficiles d’accès et souvent entourés de douves. Il y a une explication religieuse : les sommets des temples représentent le centre mythique de l’univers et les douves l’océan cosmique. Cela n’engage que nous, mais nous avons vu également un aspect défensif : en plus des douves et des escaliers escarpés, des murs d’enceintes se succèdent, avec des galeries ayant des petites ouvertures, où nous imaginons parfaitement défiler des gardes. Et certaines gravures représentent des hommes avec des grandes épées…

Nous commençons la visite par le temple le plus connu : Angkor Vat. C’est celui qui se trouve sur le drapeau national. C’est le plus grand et le mieux conservé. Pour y accéder, nous devons faire le tour des douves de 200 mètres de large, et nous entrons dans le temple grâce à un pont gardé par deux serpents à 9 têtes, et dallé avec de très grosses pierres. Nous arrivons dans un premier niveau de galeries. Il reste quelques statues assez abîmées, des bas-reliefs sur les murs, avec des restes de teintes rouges. Beaucoup représentent des danseuses. Puis nous traversons un grand jardin avec des bassins et nous arrivons dans une deuxième galerie. On peut admirer des bas-reliefs très bien conservés qui racontent l’histoire de Vishnou. C’est une véritable bande dessinée taillée dans la pierre, longue de 400 mètres, avec des scènes de combats, des scènes religieuses et des scènes du quotidien. A différents endroits, on trouve des petits recoins où brûlent des bâtons d’encens devant des statues représentant Bouddha, une écharpe orange sur le torse. Enfin, nous entrons au cœur du temple, où 5 tours majestueuses se dressent.

 

Puis nous enfourchons nos vélos pour continuer notre promenade. Nous passons par d’autres ponts, des portes sculptées, nous empruntons parfois des chemins délaissés par les autres touristes. Sur certains temples,  la végétation reprend ses droits, et les racines des fromagers se mêlent aux pierres. Certains sont en bon état, d’autres ont de grandes parties démolies ou en cours de restauration.

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jeu.

17

déc.

2015

Etape 58: Phnom Penh (par Julien)

A peine arrivés à Kampot, nous sommes contactés par Caro, notre génialissime hôte de La Paz. Elle a déménagé cet été à Phnom Penh et elle se propose de nous accueillir encore ! C’est un immense honneur pour nous d’être à nouveau ses invités. On quitte précipitamment la côte, qu’on a adoré longer pendant quasiment 2 mois, pour aller passer le week-end à la capitale en sa compagnie.

Sur la route, on croise des milliers d’écoliers en jupe et en culotte courte noire avec des jolies petites chemises blanches. Ils nous saluent avec des beaux sourires. Parfois, des enfants à peine plus âgés que Gabin pédalent sur un vélo trop grand, avec le petit frère sur le porte-bagage. On se demande toujours quels sont les horaires de l’école, on en croise toute la journée et dans tous les sens !

Nous avons l’impression de traverser un village sans fin avec partout des petites maisons haut perchées, de bois, de tôle et parfois de tuiles. Le long de la route, des lotus fleurissent dans des petits bassins. On peut retrouver leur fruit conique sur les marchés.

En arrière-plan, toujours ces plaines et ces rizières infinies où se mélangent toutes les nuances de vert. Jusqu’à 15 kilomètres du cœur de Phnom Penh, nous sommes en rase campagne. Et puis, la circulation se densifie encore et encore. Quand il faut s’insérer ou traverser la route, c’est impressionnant, mais une fois lancés, on se sent en relative sécurité (malgré cet homme en scooter qui manque de m’emmener avec l’étagère qu’il transportait à l’arrière). Alors que nous regardons la carte, 2 femmes viennent se battre à coup de pierre au bout de notre vélo. Zoé, un peu choquée, n’arrête pas de poser des questions par rapport à cette scène très violente. Incroyable dans ce pays où l’on ressent les gens si calmes !

Le soir, nous sommes heureux de retrouver Caro dans sa petite maison khmer. Nous discutons dans son salon jusque tard le soir avec un bon vin. Que c’est bien les petites soirées à la française ! Le lendemain, nous allons écouter un conteur à l’institut français. Nous passons une partie de l’après-midi à la bibliothèque. Les enfants sont en manque de livres (et nous aussi) ! Après quoi, Julie et Caro se sont enchaîné un massage hilarant (type Jugnot dans Les Bronzés) et une méditation éclair dans un temple bouddhiste.

Caro nous a déniché une petite nounou et nous fait le beau cadeau de notre première sortie nocturne depuis le début du voyage. Son quartier, Sangkat Chak, avait la mauvaise réputation d’être un repaire de drogués. Aujourd’hui, on s’y sent complètement en sécurité, mais il garde un sacré côté décalé. Nous marchons dans une petite ruelle typique cambodgienne : un groupe de femmes a envahi un salon de coiffure pour jouer au loto par terre, des petites boutiques, des enfants magnifiques qui jouent pieds nus … Des scènes de vie qu’on ne se lasse pas d’observer. Ça fait plaisir tous ces humains qui communiquent et qui interagissent. Sur les terrasses des hôtels, un autre monde : le nôtre :- ). Des voyageurs occidentaux, dans leur bulle, concentrés sur leur téléphone.

Dans son quartier, il y a régulièrement des manifestations (projections de film sur une façade de maison, concerts…). C’est marrant de voir tous ces gens si différents au pied d’une scène où des groupes de Lady Boys se déchaînent. La mamie Khmer devant les enceintes d’un DJ qui envoie du gros son électro, c’est assez étonnant !

Nous terminons très tard en discutant avec Arnaud, un jeune avocat chargé de la défense de Khieu Samphan, le chef d’état pendant le régime Khmer rouge de 1975 à 1979. Il nous éclaire sur ces années noires. Passionnant et terrifiant ! C’était hier ! Caro nous fait remarquer que les gens ne se saluent plus depuis cette époque. Comment les Cambodgiens ont pu s’autodétruire de la sorte ? Un quart de la population est morte en quatre ans. Comment reconstruire le vivre ensemble alors que les bourreaux n’ont pas été jugés ?

Le lendemain, nous avons envie d’en apprendre un peu plus sur cette sombre Histoire, nous allons visiter le centre de détention S 21 en plein centre-ville pendant que Caro garde les enfants. Autrefois un lycée, aujourd’hui un musée de la mémoire. C’est très bien fait et très pédagogique.

En rapide, les évènements qui se sont enchaînés pour arriver à l’horreur :

- 100 ans de colonisation française

- Une colonie laissée un peu à l’abandon et sous-administrée. On installe des Vietnamiens pour gérer le pays.

- Le roi Sihanouk est opposé au Américains pendant la guerre du Vietnam. En 1970, il part se faire soigner en France. Son premier ministre, pro-américain, en profite pour faire un coup d’état et autorise le bombardement des forêts cambodgiennes, où se cachent des Viet congs.

- Résultat : 500 000 morts civils et de grands mouvements de population. La population de Phnom Penh est multipliée par 2, les récoltes sont divisées par 4 car les gens ont fui les campagnes.

- Le roi Sihanouk rentre, prend le maquis et s’allie avec ses anciens ennemis, les Khmers rouges de Pol Pot. Auparavant insignifiant, ce parti explose.

- En 1975, les Khmers rouges prennent Phnom Penh en une journée, les gens sont contents. Aussitôt arrivés, ils leur disent que les Américains vont bombarder la capitale et qu’il faut fuir. Ils font évacuer 2 millions d’habitants en une journée !

- Commence alors la dérive idéologique : le Kampuchéa démocratique. C’est l’Angkar (l’organisation) qui s’occupe de tout et « l’Angkar ne peut pas se tromper ».

- On décrète l’année 0. On veut la création d’un homme nouveau. On oblige le retour à la terre, on évacue toutes les autres villes. La monnaie est abolie. La propriété est abolie. La famille est abolie ! L’éducation est prise en charge par l’Angkar, qui encourage les enfants à dénoncer leurs parents. Les grands monuments symboles de l’occident sont détruits (les hôpitaux, la cathédrale, la banque centrale…).

- Comme tous les régimes idéologiques et autoritaires, les Khmers rouges ont commencé à devenir paranoïaques et se sont lancés dans l’extermination des ennemis du Kampuchéa démocratique, une sorte de génocide version lutte des classes. Les médecins, les professeurs, les intellectuels ont été assassinés à coup de barre de fer. On tue également ceux qui parlaient une autre langue ou même ceux qui portaient des lunettes ! Les enfants, coupables par filiation, sont tués aussi, pour ne laisser aucun ennemi du Kampuchéa en liberté.

- La folie collective est en route, tous les « ennemis » passent dans des centres de détention comme S21. La torture fait partie du protocole, tous les détenus finissent par dénoncer une cinquantaine de personnes. Dès qu’ils ont dénoncé assez de gens, le chef autorise la mise à mort. Imaginez l’absurdité sordide, sur les 18 000 morts recensés à S21, 70% étaient des Khmers Rouges !

Depuis que nous avons pris conscience du niveau d’horreur de cette parenthèse de 4 ans, nous ne pouvons nous empêcher d’y penser quand nous voyons un adulte de plus de 40 ans.

Pour ceux qui souhaitent un peu creuser cette période, nous vous conseillons la BD    « L’année du lièvre » de Tian, les documentaires de Rithy Panh et les peintures de Vann Nath.

Pour changer de sujet et nous remettre la pêche, Caro nous a prêté un livre excellent sur Daesh ! « Le piège Daesh » de Pierre-Jean Luizard, plutôt accessible, qui permet de comprendre un peu mieux comment est apparue cette organisation en prenant un peu de recul historique (étonnant les similitudes avec la prise de pouvoir des Khmers Rouges !).

Nous avons terminé notre séjour sur des thèmes un peu plus légers autour d’une bonne bouffe d’au revoir avec Caro et Céline, sa colocataire.

Merci beaucoup Caro !

Direction les temples d'Angkor.

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dim.

06

déc.

2015

Etape 57 : Cambodge : des vautours et des sourires (Julien)

Le passage de la frontière cambodgienne a tenu ses promesses ! Devant le bureau des visas, les vautours nous surveillent. La moindre faiblesse et vous devenez une proie ! Certains veulent vous « aider » à remplir les papiers, d’autres, sous un écriteaux « Quarantaine » vous demandent de venir de manière autoritaire pour vous prendre la température !

Ils nous tournent autour… Nous prenons du galon de voyageur, aussi, nous savons

adopter un comportement de self défense, adéquate dans ce genre de situation.

Le secret est de paraître odieux, d’avoir l’air de connaître et de refuser toute aide de manière désagréable. Tout ça en gardant bien sûr une paix intérieure totale, ce n’est que du théâtre !
Nous passons donc assez facilement ce premier obstacle. Le deuxième est plus compliqué ! Nous nous retrouvons dans une salle avec 4 douaniers non souriants dont les gallons annoncent un combat déséquilibré. En fait, c’est plutôt une mise à mort ! Que faire face à une association de malfaiteurs en uniforme ? La corruption est institutionnalisée ici. Nous ne perdons pas de temps et ne cherchons pas à discuter, nous avons encore de la route à faire : nous payons. Pour chaque personne, ils se mettent 10 dollars dans la poche ! Vu le passage, à la fin de la journée, il doit y avoir pas mal à partager. De quoi mettre du beurre dans les épinards. Ils devraient faire attention d’ailleurs parce qu’avec tout ce beurre, ils se boudinent un peu dans leur uniforme. En sortant, nous voyons des malheureux se débattre avec les vautours qui inventent n’importe quoi pour leur soutirer un peu d’argent.

Résolus à garder notre bonne humeur, nous remontons en selle. Julie réalise qu’elle s’est fait dérober sa casquette. Pas grave ! « Allez, on y va ! ».
Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas roulé à droite ! Dès les premiers kilomètres, nous ressentons que nous sommes passés dans un pays beaucoup plus pauvre. Les routes sont abimées, les véhicules encore plus chargés. Il y a des déchets partout !

Nous rejoignons rapidement la ville de Koh Kong. Nous allons retirer un peu d’argent, nous sommes étonnés que le distributeur automatique nous « donne » des dollars américains. Nous posons nos sacoches dans une guesthouse remplie de français. Nous sommes bien heureux de pouvoir partager quelques moments sympas avec des compatriotes.

Nous nous offrons une petite sortie sur l’île de Koh Kong. Après deux heures de bateau, nous arrivons sur une plage déserte surmontée par de petites collines couvertes de forêt tropicale. Nous plongeons un peu avec masque et tuba, il y a quelques jolis poissons colorés mais dans l’ensemble c’est assez pauvre. Ce n’est pas très étonnant quand on voit le nombre de pêcheurs qui traînent leur filet en faisant le tour de l’île. Sur le retour, nous sommes accompagnés par des dauphins. Nous faisons une petite balade dans la mangrove. Le tableau surnaturel de ces racines de palétuviers qui s’entremêlent stimule l’imaginaire de Gabin et Zoé qui n’arrêtent pas de s’inventer des histoires d’aventures autour du monde.

Le lendemain, nous chargeons nos vélos derrière un van pour éviter une centaine de kilomètres à travers la jungle, vraiment difficile, sans ravitaillement et sans hébergement. Le bus est bondé, la musique à fond ! Au niveau circulation, c’est encore plus engagé qu’en Thaïlande. Le code de la route, ici, repose essentiellement sur la foi. Parfois, c’est limite dangereux !

En nous débarquant, le chauffeur essaye de nous escroquer en nous réclamant deux fois la somme prévue. Nous négocions. Nous espérons que nous n’aurons pas que des rapports comme celui-ci avec les Cambodgiens.

Heureusement, nous sommes vite rassurés. Une fois sur les routes, nous retrouvons les sourires qui nous accompagnent depuis notre arrivée en Asie. Les enfants crient « Hello ! Hello ! Hello ! » jusqu’à ce que nous disparaissions à l’horizon. Le jeu, c’est d’essayer de les repérer avec toute cette végétation. Sur la chaussée, les gens, essentiellement paysans dans cette région, font sécher leur riz. Ce qui réduit un peu plus notre espace vital. Nous voyons beaucoup de buffles dans les champs. Les maisons sont sur pilotis, elles ressemblent souvent à des cabanes faites de feuilles de pandanus et de tôle. Nous faisons escale dans une petite ville. Là encore, la misère

nous choque. Un vieil homme casse des grosses pierres avec un ridicule marteau pour faire des graviers qu’il étale devant une allée. Nous rencontrons des estropiés. Plusieurs personnes viennent nous demander de l’argent. Le marché est un mélange de souk marocain et de bidonville argentin. Nous nous perdons dans un labyrinthe de palette et de bâches plastiques. Le sol est jonché de déchets piétinés. Les odeurs lèvent le cœur. Malgré ce décor, la vie déborde de partout, les gens s’interpellent, ça grouille, ça rit, ça vit !

Nous voulions passer par le Vietnam mais nous avons appris que malgré la nouvelle loi d’exemption de visa, nous devons aller à Phnom Penh pour faire faire un tampon à l’ambassade ! Nous changeons donc nos plans et nous décidons de repousser notre visite de ce pays à un autre voyage.

Nous sommes arrivés à Kampot. Demain nous roulerons en direction de la capitale et des temples d’Angkor.

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