ven.

10

oct.

2014

Etape 15 : De Tanger à Rabat (par Julien)

Pour nous rendre à Rabat, nous suivons pendant 280 km la nationale 1. Le code de la route est un peu inch allah (une 2 voies peut sans problème devenir une 3 voies avec un aimable coup de klaxon) mais nous nous sentons en sécurité. Julie se faisant un peu trop siffler en cycliste long choisit de rouler en jean.

La sortie de Tanger se fait facilement. Un stade flambant neuf prêt à accueillir la CAN 2015, le port Tanger med, un énorme chantier TGV, une magnifique autoroute, beaucoup de grosses infrastructures. Le Maroc est vraiment en train de se transformer très rapidement.

Ce Week end, c'est l'Aïd Al-Ahda. Il y a donc très peu de circulation et les commerces sont fermés car les gens se regroupent en famille. Pour cette fête, qui célèbre le sacrifice d'Abraham (ou Ibrahim pour les musulmans), chaque adulte marié doit sacrifier un mouton.

Le premier soir, nous arrivons à Assilah. Jolie petite ville mais insupportable pour les touristes. De nombreux rabbateurs guettent à l'entrée de la Kasbah. Ils nous tournent autour comme des vautours, nous décidons de ne pas nous attarder. Le soir, nous dormons dans un immense complexe hôtelier. Nous sommes les seuls clients. Nous avons droit à une chambre donnant sur la piscine, à prix cassé.

Le deuxième jour, nous pédalons tranquillement jusqu'à Larache. La route est agréable mais les paysages sont un peu gâchés par les sacs plastiques. Il y a vraiment beaucoup de déchets partout sur les bas côtés. Pendant notre pique-nique, un homme s'arrête au bord de la route et vide son coffre rempli de poubelles sur le bord de la route. Il fait demi-tour et repart. Ca n'a l'air de choquer personne. La ville de Larache est en bord de mer sur une petite colline. Une accumulation de cubes blancs avec une belle petite mosquée vers la plage. A l'intérieur des remparts qui entourent la médina, se trouve un magnifique souk. Il y a beaucoup de monde, seulement des hommes. Beaucoup se baladent avec de grands couteaux. Ils sont venus les faire aiguiser pour égorger le mouton. A l'hôtel, nous rencontrons un groupe de 3 cyclotouristes costaricains. Nous mangeons ensemble, ils nous parlent de leur pays avec amour (le peuple le plus heureux du monde, pas d'armée, une grande biodiversité...). Nous ne pourrons malheureusement pas passer les voir pendant notre tour du monde... Ils nous offrent un t-shirt de leur aventure.

Le troisième jour, au matin, une ambiance spéciale dans les rues. La plupart des gens sont bien habillés. On voit passer un homme en bottes avec une grosse machette. Il n'y a plus de mouton dans les motos-tricycles. Quand nous sommes sur nos vélos, la route nous appartient. Il y a des têtes de mouton exhibées un peu partout dans les rues. Les chiens qui habituellement ne s'approchent pas trop de la route sont un peu agressifs. Nous nous armons chacun d'une chiquette (un bout de bambou), au cas où ils s'approcheraient trop près. Nous passons l'ancienne frontière qui séparait la colonie française de la colonie espagnole vers Ksar el Kebir. Lorsque nous traversons les villages, nous nous faisons souvent suivre par des enfants en vélos. Nous arrivons à Souk Elarbaa vers 17 h.

Nous y retrouvons Mustapha, il travaille dans les vignes à Chablis. Il a grandi dans un petit village entre Souk Elarbaa et Kénitra et il y revient le plus souvent possible. C'est là qu'il nous invite à découvrir la campagne marocaine.

Une impression de pauvreté à l'entrée dans le village. Les routes sont des pistes, l'électricité est arrivée depuis seulement 3 ans (des coupures  quotidiennes), un barrage de détritus dans un ruisseau, l'eau courante depuis 10 ans, la plupart des gens ne savent ni lire ni écrire... Tout le Maroc ne se développe pas à la même vitesse!

La "dhar" de Mustapha est une petite ferme sur 5 hectares de terrain avec un tracteur, quelques vaches, des chevaux, des poules, des dindons... Son père et lui ayant travaillé en France, c'est une des familles les plus "riches" du village.

L'hospitalité est vraiment un art de vivre ici. Les parents de Mustapha nous ont laissé leur  chambre. Comme c'est le soir de l'Aïd, nous pensions arriver dans une grande fête avec beaucoup de monde. Pas du tout! En fait, on ne fait pas trop tourner les serviettes ici, ce n'est pas une fête au sens où nous l'entendons en France. C'est plus un regroupement dans le petit cercle familial. Mustapha nous explique que son père a tué un mouton et un boeuf (le boeuf est évalué à 4 moutons). Ca fait une grosse quantité de viande pour une petite vingtaine de personnes! En tant que musulman, il faut donner une partie de la viande, ce qui reste sera congelé 2 jours plus tard. C'est aussi la tradition (religieuse ou culturelle ?) qui guide ce que tu manges de la bête à chaque repas. Le premier jour, brochettes de foie (très bonnes), le lendemain au petit déj avec le nesquik, c'est cervelle (plus difficile), le midi c'est couscous mijoté avec la tête du mouton (intéressant), après on attaque le muscle... Nous avons aussi mangé du Hzaïza (excellent), des gâteaux... Tout est fait maison avec un four en terre (par les femmes). On s'est régalé ! Fin de l'aparté culinaire !

Le lendemain, Mustapha nous a promené au village. Nous sommes allés voir l'Oued Sebou, 2ème plus grand fleuve du Maroc. Tous les jours, les villageois y installent d'énormes pompes qui fonctionnent avec un groupe électrogène. L'eau est envoyée dans des canaux d'irrigation dérivés selon les besoins du jour. On trouve des champs de betterave et de maïs.

Une bonne partie de la journée, nous buvons le thé. Nous rencontrons beaucoup de villageois sympathiques et intrigués. Pour la plupart d'entre eux, il est impossible de s'acheter une bicyclette alors vendre sa maison pour voyager... Ils nous prennent un peu pour des fous.

Après cet arrêt très intéressant à la campagne, nous poursuivons notre route jusqu'à Kénitra, une énorme ville industrielle. Là encore, nous sommes généreusement accueilli par la soeur de Mustapha. Le soir, nous visitons Medhia, là où se jette l'oued Sebou. Une magnifique promenade avec des immenses palmiers plantés tous les 20 mètres (le roi est passé par là). Nous nous essayons à manger des petits escargots sur la corniche, la sauce est délicieuse, ça passe tout seul (par contre ça a été plus compliqué à ressortir, nous avons tous été malades le lendemain).

Dernier jour de route, nous avalons facilement nos 50 derniers kilomètres et nous arrivons à Salé. De l'autre côté de la rivière, Rabat. Une superbe vue sur la mosquée Mohamed V, le port de plaisance, la kasbah des Oudayas, toute blanche, domine l'embouchure. Enfin, nous arrivons chez nos amis Charles et Annabelle avec 5 jours d'avance sur notre plan.

Cela nous permet d'organiser tranquillement le transfert de nos vélos jusqu'à Buenos Aires. Charles me montre une autre face du Maroc, nous nous faisons un Rabat by night. Concerts, tournée générale... Un peu Jet Set par rapport au salaire moyen marocain mais très agréable. Nous visitons le MMVI, le nouveau musée d'art moderne et comptemporain de Rabat, où sont exposées beaucoup d'oeuvres de différentes époques. Nous avons aussi présenté notre projet à l'école Albert Camus de Rabat où nous avons été très bien accueillis. Les enfants sont très intéressés, l'échange est très sympa. La rencontre donnera suite à un article dans leur journal scolaire. La vie des instits expatriés à Rabat à l'air agréable (note pour plus tard !).

Nous profitons de notre avance pour prendre un train et aller découvrir Fès. C'est l'ancienne capitale du Maroc bâtie au IXème siècle par les Idrissides (elle a été déplacée à Rabat après le début du protectorat car les habitants de Fès étaient hostiles à l'envahisseur). La médina est immense. Nous louons les services d'un guide pour avoir un maximum d'indications historiques et comprendre cette ville. Il y a plus de 300 mosquées et 9000 rues à l'intérieur, autant dire que c'est un vrai labyrinthe. Une grande partie de l'artisanat que l'on peut trouver dans tous les souks marocains vient de Fès. Nous visitons une poterie (les enfants sont très impressionnés par le côté magique du tour de potier) et une des plus célèbres tanneries (ça sent tellement mauvais que l'on nous donne des feuilles de menthe pour se les coller sous le nez pendant la visite). Toutes les maisons où nous sommes entrés sont des riyads. Les pièces sont construites autour d'une cour intérieur. Intéressant aussi le tombeau des Ménérides (grande dynastie du XVème), complètement à l'abandon, en haut d'une colline qui domine la médina, ce lieu historique offre un superbe panorama sur la cité. Le tombeau de Moulay Idriss II au coeur de la médina. L'immense mosquée Quaraouine (plus ancienne université du monde) bâtie par des immigrés tunisiens... Bref, une parenthèse très sympa que nous vous conseillons !

Après cette dernière petite expédition, nous retrouvons nos amis pour une dernière soirée et nous les quittons sur un verre de Jurançon accompagné de petites gougères assis dans un salon marocain (c'est ça le mélange des cultures!)

Choukrane encore à tous nos hôtes marocains.

Bislama.

Et espèrons que la suite sera à la hauteur de cette première partie.

A bientôt en Angleterre et en Floride.

 

 

0 commentaires

sam.

04

oct.

2014

Etape 14: Tanger (par Julien)

La traversée depuis Tarifa est très rapide (1 heure) et assez chère. Nous n'avons pas quitté le pont du voyage mais nous n'avons malheureusement aperçu ni dauphin ni rorqual.

30 septembre, jour de mes 33 ans, nous débarquons au port de Tanger. La ville est très étendue sur des collines abruptes. La colline la plus intéressante est celle de la médina avec son souk et sa casbah tout en haut (château fortifié). Sortie du port, nous longeons la mer jusqu'à « la montagne » où nous avons trouvé un contact, Hamza, pour nous accueillir. En arrivant dans ce quartier, ça monte sec, on se demande si nous sommes au bon endroit, il n'y a que des villas énormes, le palais du gouverneur, le palais du roi Mohamed VI... Nous nous perdons, des dames nous aident à contacter notre hôte, il habite bien cette colline ! On commence à se demander dans quel endroit luxueux nous allons dormir. Un homme va chercher sa moto exprès pour nous escorter. Enfin nous retrouvons Hamza en bas de la montagne. Il nous montre sa maison. C'est une villa impressionnante à flanc de falaise avec une ouverture qui donne sur la plage. Qui dit à flanc de falaise dit "il faut remonter" ! En arrivant, les mollets en feu, nous déchantons un petit peu, le grand père d'Hamza, ancien jardinier de la propriété, a racheté cette villa à son patron espagnol à prix cassé. Ils vivent là maintenant à 4 familles mais il leur est malheureusement impossible d'entretenir l'immense jardin de plusieurs hectares. Celui-ci est devenu une sorte de squat car il n'a plus de grille d'entrée ni de porte côté plage. Nous enlevons les tessons de verre pour installer notre tente sous l'oeil trouble d'un homme, caché avec sa pipe de kif, qui contemple l'océan. Nous retrouvons un sac à main, et des matelas dans le buisson d'à côté. Ensuite, nous allons partager le quotidien d'Hamza. Tuer le temps à discuter autour d'un thé avec ses amis sur la plage, jouer de la guitare, pêcher...

Le soir, il nous accompagne dans la médina. Il rejoint des copains pour voir un match de foot pendant que nous allons manger avec les enfants. On rentre tard et les rues sont encore très animées. On voit passer des moutons dans tous les sens dans les remorques de petites motos tricycles qui foncent à travers la foule. C'est la fête de l'Aïd dimanche, ce qui explique le défilé d'ovins. La circulation est totalement anarchique mais malgré tout assez fluide. En gros, la priorité est à celui qui la prend. On rentre à la maison tard le soir, les enfants s'endorment dans le grand taxi. En arrivant à la tente, on voit des chiens errants. Avec Julie, on ne peut s'empêcher de penser à un proverbe qu'on avait entendu lors de précédents voyages au Maroc « Marrakech arnakech, Essaouira ça ira, Agadir rien à dire, Tanger danger ! ! ! » Qu'est-ce qu'on fait là, dans ce terrain vague, avec nos enfants ? Impossible de dormir sur nos deux oreilles, la nuit nous semble interminable. Au petit matin, un homme à côté de la tente. Il détale quand on sort. On décide de démonter et de chercher un autre plan pour les soirs suivants. On veut dire au revoir à Hamza avant de partir mais son portail est fermé. Ne nous trouvant pas à son réveil il s'est un peu inquiété et a prévenu la police. Il a cru qu'il nous était arrivé quelque chose.

Nous trouvons un autre hôte par couchsurfing. Il s'appelle Patrick, ancien instit en Côte d'Or reconverti dans l'informatique. Il nous explique les raisons de son exil fiscal. La propriété qu'il loue est magnifique. C'est l'ancienne maison de David Herbert, cousin de la reine Elisabeth II, qui a donné son château en Angleterre pour venir vivre au Maroc. Il était surnommé le roi de Tanger et organisait les soirées Jet Set jusqu'à sa mort en 1995. Beaucoup de magazines et livres racontent l'histoire de la maison. C'est rigolo de se dire que l'on s'assoit sur le même siège que Truman Capote ou Churchill ! Il a légué sa maison à son jardinier, Nourdine. Lorsque celui-ci évoque son ancien patron, on ressent une immense reconnaissance envers « l'honorable » David Herbert. Le mélange arabo-british de la villa lui donne beaucoup de caractère. Le jardin est luxuriant, il y a plein de petits endroits pour se poser. Patrick nous a offert une pension complète 5 étoiles. Entre les visites guidées de la ville, les restos et la petite côte de bœuf la veille du départ, nous avons été gâtés. Lorsque nous sommes en ville, je n'ose pas trop prendre de photos. Je me "semi-cache" ce qui donne des images "semi-belles". Dommage ! Poser à une terrasse du Petit Soco, tout en dégustant un délicieux jus d'orange pressé, nous nous régalons des nombreuses scènes insolites: un gars qui pousse une brouette remplie d'abats, des gamins qui n'arrivent pas à faire avancer un bélier qui a bien compris qu'il y avait un traquenard dans la promenade...

 

Malheureusement, il a bien fallu partir et reprendre la route en direction de Rabat. Ravis de notre escale à Tanger, nous filons donc vers le sud.

2 commentaires

Heureux qui comme Ulysse...

Dernières news

  Suivez-nous sur Facebook...

       avec "Juju Gazou"

Sites amis